À la tête du parquet près le Tribunal de première instance de Kindia depuis fin 2025, le procureur de la République, Mamadou Bhoye Diallo, décline avec clarté ses prérogatives, revient sur l’accueil réservé par la population et expose sa vision d’une justice accessible, rigoureuse et respectueuse de l’ordre public. Dans cet entretien accordé à la rédaction politique de reporterhorizon.com , il aborde également l’état du tribunal, la collaboration avec les officiers de police judiciaire, les infractions récurrentes dans son ressort et les défis majeurs à relever en 2026.
Nommé procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kindia, Mamadou Bhoye Diallo a tenu à rappeler le rôle central du parquet dans l’architecture judiciaire. Selon lui, « le procureur de la République est avant tout le représentant de la société ». À ce titre, précise-t-il, il incarne le ministère public et demeure le poursuivant naturel en matière pénale « Tous les officiers de police judiciaire, qu’ils relèvent de la police ou de la gendarmerie, sont placés sous l’autorité du procureur de la République. En réalité, le parquet constitue la porte d’entrée de tous les dossiers pénaux », a-t-il expliqué, soulignant ainsi la responsabilité stratégique de sa fonction dans le traitement des affaires judiciaires.
Revenant sur son installation à Kindia, le magistrat s’est réjoui de l’accueil qui lui a été réservé « L’accueil a été chaleureux. Nous avons été très bien reçus, d’autant plus que nous sommes des commis de l’État. Nous venons pour servir la population et non agir contre elle », a-t-il insisté.
Pour le procureur, chaque action du parquet s’inscrit dans une mission de service public visant à garantir la paix sociale et la quiétude au sein de la société.
Abordant ensuite la physionomie du tribunal, Mamadou Bhoye Diallo n’a pas éludé les difficultés constatées à son arrivée « On dit souvent que le poste ne vaut que l’occupant. Lorsque nous sommes venus, il ne s’agissait nullement de fustiger ceux qui étaient là avant nous. Toutefois, le tribunal se trouvait dans un état difficilement acceptable », a-t-il reconnu.
Face à cette situation, le parquet a pris l’initiative d’agir sans attendre « Nous avons mis la main dans nos propres poches pour redorer le blason de cette institution, afin de lui donner une image à la hauteur de la justice qu’elle incarne. Quand un lieu de justice est sale ou mal entretenu, c’est l’image même de l’institution qui en pâtit . Chacun peut constater que l’image du tribunal de Kindia a véritablement changé » se félicite- t- il aujourd’hui.
S’agissant de la collaboration avec les citoyens, les officiers de police judiciaire (OPJ) et les autres acteurs du terrain, le procureur se veut catégorique « Il s’agit d’une collaboration de travail fondée sur la subordination. Lorsqu’un OPJ est saisi d’un dossier, il doit automatiquement en informer le procureur de la République, qui lui donne des instructions à exécuter », a-t-il expliqué.
Dans cette dynamique, le parquet veille également au strict respect des règles, notamment en matière de garde à vue « Nous tenons au respect scrupuleux des délais de garde à vue, car il s’agit d’un droit fondamental trop souvent violé », a-t-il prévenu , annonçant des inspections régulières au niveau des services d’enquête.
Sur le plan sécuritaire, le procureur Bhoye Diallo a identifié plusieurs infractions récurrentes dans le ressort de Kindia, notamment les vols, les viols et d’autres atteintes graves aux personnes et aux biens « Nous serons fermes. Sur certaines infractions, il n’y aura aucune complaisance. La justice doit aller jusqu’au dernier ressort », a-t-il averti.
Tout en rendant grâce à Dieu et en remerciant la population de Kindia ainsi que sa hiérarchie, le magistrat a lancé un appel clair à la collaboration citoyenne « Nous invitons la population à dénoncer les cas d’infractions dans les quartiers et les districts, en collaboration avec les OPJ, afin de traquer les hors-la-loi et préserver la paix et la tranquillité », a-t-il exhorté, se disant particulièrement préoccupé par la montée de la délinquance juvénile et les cas de récidive.
Enfin, le procureur de la République a levé le voile sur les défis à relever en 2026. Parmi ses priorités figurent le traitement des dossiers criminels en souffrance « De nombreuses personnes sont en conflit avec la loi sans avoir encore été jugées. Mon premier défi sera donc d’organiser, dans les meilleurs délais, des audiences criminelles afin que chaque accusé soit fixé sur son sort », a-t-il annoncé.
S’agissant des dossiers correctionnels, il se veut rassurant, tout en soulignant les contraintes liées à l’insuffisance de magistrats « Je suis seul au parquet, ce qui crée certaines difficultés. Toutefois, nous fondons l’espoir que la très prochaine nomination de magistrats par le ministère de la Justice permettra de renforcer l’effectif et d’améliorer le fonctionnement du service », a-t-il conclu.
Amadou Lebon Sylla
pour reporterhorizon.com
